FARAH PAHLAVI, L’IMPÉRATRICE DES ARTS

Pendant les vingt années de son règne, elle a fait construire pléthore de musées et rassemblé pour son pays, l’Iran, la plus belle collection d’art contemporain occidental du Moyen-Orient. Alors qu’un livre aux éditions Assouline célèbre son action, rencontre avec cette impératrice.

Avec sa vue imprenable sur la rive droite, l’appartement aux murs habillés de boiseries est chaleureux. J’ai été introduite au salon par sa majesté Farah Pahlavi, ex-reine et impératrice d’Iran. Je balaie les tables basses du regard : elles sont encombrées de cadres photo où sont glissés des clichés intimes, officiels et amicaux.

Les sadates, le roi d’Espagne, le roi Hussein et la reine Noor de Jordanie. Sur la table basse des chocolats suisses, des macarons et quelques livres. L’un d’entre eux, immense et magnifique, vient de paraître, il raconte la merveilleuse collection que la jeune impératrice a rassemblée pour son pays, l’Iran.

Elle arrive, silhouette élancée dans un tailleur-pantalon couleur miel, visage lumineux, yeux rieurs, bracelet sur cordon. Difficile d’imaginer qu’elle a tout juste 80 ans. Tout le monde connaît l’histoire de Farah Diba, fille de bonne famille iranienne, étudiante en architecture à Paris à la fin des années 1950.

« Nous étions 6 filles pour 35 garçons peut-être et ils disaient que nous étions venues chercher des maris ! » reconte-t-elle en riant – le destin lui en choisit un autre et le 21 décembre 1959 elle épouse son roi. Mohammad Reza est divorcé deux fois, de la princesse Faiza d’Égypte dont il a une fille et de la sublime Soraya, incapable de lui donner un héritier.

La jeune femme a le profil idéal « Quand plus tard, je lui ai demandé pourquoi il m’avait choisie, il m’a dit pour ma simplicité. » Elle qui s’était imaginée championne olympique, de ski sans doute, dans son enfance et architecte dans son adolescence sera reine.

Farah veut servir son pays. Elle souhaite rendre hommage à sa culture millénaire et encourager la création. Des nombreuses initiatives pendant ces vingt années vont voir le jour : le musée du Tapis à Téhéran mais aussi celui du palais Negârestân rassemblant des œuvres de la période qâdjâre, le musée Rezâ’Abbâsi pour les objets préislamiques et islamiques, le musée Abguineh, pour le verre et la céramique,ou, en province, le musée de Khorramâbâd réunissant des bronzes du Lorestân, pour ne citer qu’eux.

Des bibliothèques pour enfants sont créées, un festival d’art, Chiraz, célèbre dans le monde entier, devient entre 1967 et 1976 un lieu où se rencontrent les cultures orientales et occidentales, traditionnelles et d’avant-garde.

Mais le plus extraordinaire reste la collection du Musée d’art contemporain de Téhéran commencée pendant les années 1970 dans l’élan d’une politique culturelle intense. Elle trouve sa genèse dans une rencontre. « Férue de peinture, j’allais dans les galeries y achetaient des toiles et encourageaient les Iraniens aisés à s’offrir des œuvres contemporaines, à l’époque, ils achetaient plus volontiers de la peinture ancienne. Un jour, une artiste m’a dit qu’il serait formidable d’avoir un endroit où montrer leurs œuvres, j’ai trouvé l’idée formidable et m’y suis attelé ».

Le premier choc pétrolier profite à l’Iran, alors second exportateur de pétrole dans le monde. «  Nous étions dans une période où le pays allait de l’avant dans tous les domaines », résume celle qui a été couronnée impératrice en 1967.

L’impératrice obtient un budget et demande à son cousin, l’architecte Kamran Diba, d’imaginer un bâtiment. Elle va bien s’entourer. Outre des directeurs des maisons de vente, la curatrice de génie Donna Stein, ou le grand collectionneur suisse Ernst Beyeler vont participer à cette entreprise.

La shabanou rassemble une collection majeure. Elle visite l’atelier d’Henri Moore en Angleterre et achète plusieurs de ses sculptures, elle rencontre César et Dali à Paris, Andy Warhol à la Maison Blanche et l’invite à Téhéran. Le Musée acquiert une série de Mao, une Marilyn, des Mick Jagger …

Inauguré en 1977, le Musée d’art contemporain de Téhéran présente plus de 250 œuvres occidentales, de l’expressionnisme abstrait au pop art.

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